Seniors

Vaccination des seniors : quelques conseils pour bien vivre cette période

Deux psychologues travaillant au sein d’établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) à Sceaux livrent leurs recommandations pour aider les seniors à bien vivre la campagne de vaccination contre la Covid-19.

Après avoir reçu ses deux injections de vaccin, la perspective d’une vie plus « normale » se dessine pour de nombreux seniors. Ce retour rapide à une liberté nouvelle peut-il être déstabilisant ?

Lucie Gannier, psychologue clinicienne au sein l’Ehpad La Faïencerie : Bien sûr, depuis plus d’un an la crise sanitaire nous a obligés à nous adapter à un nouveau mode de vie. Comme il a pu être difficile de s’adapter aux contraintes, il peut également être difficile de retrouver plus de liberté car cela demande de s’adapter à nouveau et défaire les habitudes qui avaient été prises.

Diane van Roekeghem, psychologue au sein de l’Ehpad Marguerite-Renaudin : Le retour à la liberté après la vaccination est effectivement fortement attendu, mais il peut aussi être pour certains déstabilisant. Il est vrai que cela nécessite de repenser son quotidien et de se poser des questions essentielles telles que ce qui nous manque le plus, ce qu’on est prêt à changer ou à retrouver, qu’aimerait-on reprendre comme habitudes, qu’est-ce qu’une bonne journée ? Certains auront peut-être besoin de se confronter à l’extérieur pour retrouver une certaine confiance, pour ne plus avoir peur.

Comment aborder cette nouvelle étape sereinement ? Par exemple, faut-il y aller « par paliers » ?

Lucie Gannier : Cette nouvelle étape ne se fera pas du jour au lendemain. Elle se fera progressivement et laissera le temps de se préparer doucement au changement. Il faut avant tout s’écouter, être attentif à ses envies et à ses craintes et vivre cela au jour le jour. L’essentiel étant de ne pas se forcer.

Diane van Roekeghem : Lorsqu’on est en Ehpad, le retour à la vie normale se fait de facto par pallier car les visites dans certaines institutions sont encore sur prise de rendez-vous, ou pour d’autres raisons. J’ai noté le grand plaisir de certains de nos résidents qui peuvent enfin se rendre au parc de Sceaux par exemple, pour s’y promener ou bien retrouver, pour certains, des moments de partage en famille au sein de la structure ou en dehors.

A contrario, pensez-vous qu'il faille aussi se méfier d'un sentiment de sécurité "excessif", sachant que le vaccin ne protège pas à 100 % ? Comment trouver le bon équilibre entre l'envie de profiter à nouveau de la vie et la nécessité de rester prudent pour soi et pour les autres ?

Lucie Gannier : On a besoin de se sentir en sécurité pour être en bonne santé mentale ! Les moments de plaisir sont essentiels dans cette période où nous avons beaucoup été restreints et il faut se les autoriser. En revanche, il faut savoir rester prudent et suivre les recommandations en matière de prévention.

Avez-vous des recommandations pour les seniors moins « chanceux » qui n’ont pas encore été vaccinés ? Comment prendre son mal en patience quand on voit d’autres personnes de son âge déjà vaccinées ?

Diane van Roekeghem : Plusieurs professionnels et organismes du soin ont formulé des recommandations à l'intention des personnes qui ne sont pas encore vaccinées : limiter sa consommation de médias pour éviter une exposition excessive au facteur de stress et choisir des sources d’informations fiables ; garder le contact afin d’éviter l’isolement ; réduire l’ennui et la frustration en réfléchissant à ce qu’est pour nous une bonne journée et essayer de développer des activités plaisantes qui nous font du bien ; garder une hygiène de vie : prendre soin de son sommeil, de son alimentation, sortir s’aérer si cela est possible.

Comment gérer sa peur d'être contaminé lorsqu'on n'a pas encore été vacciné ?

Lucie Gannier : La peur est normale et sert à nous protéger. C’est grâce à elle que nous sommes plus prudents et anticipons les risques. En revanche, lorsqu’elle devient trop envahissante et empêche de fonctionner normalement, c’est là qu’elle devient problématique. Il existe de nombreuses façons d’apaiser ses angoisses : le sport, la méditation, l’hypnose, la sophrologie, le yoga… L’idéal est d’être accompagné par un professionnel mais il existe aussi des enregistrements audio pour vous guider vers un état de relaxation. Le tout étant de trouver ce qui vous convient le mieux.

Diane van Roekeghem : Il faut normaliser l’anxiété sans céder à la panique : il est normal en cette période de ressentir des émotions négatives. Pour apaiser son anxiété, un travail de respiration, de méditation de pleine conscience ou de relaxation peut parfois aider. Les personnes les plus familiarisées avec internet pourront accéder à des applications (RespiRelax+, Petit BamBou, pistes audio de Christophe André sur YouTube par exemple). Les moins connectés pourront aussi pratiquer avec un bon lecteur CD ou un support papier les exercices respiratoires comme la respiration en carré (voir l’exemple présenté dans Le Petit Guide pratique du confiné, conçu par la psychologue Mélanie Lafond).

> Pour une approche plus personnalisée, n’hésitez pas à appeler un numéro d’écoute (association France Alzheimer au 07 82 22 59 60 ; association France DFT au 07 61 32 16 77).

Retrouvez la liste de plateformes téléphoniques de soutien psychologique en Île-de-France.

> Retrouvez également les coordonnées des psychologues exerçant à Sceaux.