Culture

Exposition de Paul F. Millet sur le mur rouge

Du 21 octobre au 19 novembre 2022, Paul F. Millet présente ses œuvres sur le mur rouge de l’hôtel de ville. Rencontrez l’artiste le vendredi 21 octobre à 19h30 à l’occasion du vernissage de l’exposition Les yeux collés

Comment vous est venue l’idée de cette exposition ?

Paul F. Millet : Les prémices de cette exposition sont apparues en ramassant une centaine de coquilles d’escargot marin sur les bords de l’Adriatique. J’ai succombé à cette envie obsessionnelle tout un après-midi, me concentrant uniquement sur les détails des coquilles. Je ne voulais prendre que les pleines, celles avec des pois, j’étais absorbé par cette petite spirale que je pouvais tenir dans ma main. Ce concept de l’exposition s’est développé à partir de cette forme. Je voulais décliner les rapports d’échelles avec cette coquille d’escargot : pouvoir rentrer dedans, voir son épure (dessin) et pouvoir sentir le fragile habitacle dans ses mains. 

Pouvez-vous nous décrire votre exposition à l’hôtel de ville et nous en dire plus sur sa signification ?

L’exposition prend la forme d’une grande installation dans la vitrine de l’hôtel de ville. Une micro-architecture transparente en forme de spirale (construite en bois et en revêtement de PVC vert translucide) permettra aux visiteurs de pouvoir rentrer dans la coquille de l’escargot et de découvrir à la fin de cette spirale deux objets en fonte d’aluminium. 

Cette spirale dessinée sur le sol rappelle les conceptions paysagères des jardins “à la française”, consistant à ordonner à la nature des formes géométriques. Le sol offre au regard la scène de la domination de la volonté humaine sur le monde. La spirale logarithmique, la spirale des coquillages, fut souvent utilisée par l'homme, notamment dans les constructions architecturales telles que les clochers, jardins, paysages, allées de châteaux ou belvédères, dans lesquels la forme en ouverture confère à l'édifice une dimension d'infini.

L’architecture sera comme un labyrinthe, simplifié, avec un seul chemin, celui vers le microscopique. Elle se “termine” avec deux objets qui seront cachés à l’intérieur, là où les murs seront de plus en plus serrés. Les deux objets sont des bâtons de cécité. Sur ces bâtons, les coquilles d’escargot sont moulées pour les percevoir également avec ses mains. Ce sont des outils pour explorer le monde.

Les bâtons illustrent une réflexion sur la perception de nos sens, en particulier la vision. Elle peut nous induire en erreur sur nos raisonnements car elle m’a déjà trompé par le passé. L’exposition interroge la perception d’image sur notre rétine ainsi que notre utilisation de la vue à travers un espace. Aujourd’hui, l’œil est de plus en plus stimulé par le monde numérique. Il devient nécessaire pour un univers de plus : le virtuel.

Face à cette architecture se trouvera un miroir rond, où seront placées les coquilles d’escargot en spirale. Elles illustreront un certain plan de l’architecture. Une carte pour sortir de ce labyrinthe à un seul chemin. Le miroir sera éclairé, sa réflexion se projettera en hauteur sur le mur rouge. Le visiteur “perdu” dans l’architecture aura toujours le plan à portée de vue.

Sur le mur rouge seront accrochés des yeux en aluminium qui regarderont les personnes qui entreront dans l’exposition, à côté de dessins et d’aquarelles.

Pourquoi l’exposition se nomme-t-elle Les yeux collés ?

Ce titre fait référence aux phases d’endormissement et de réveil de chaque individu ; l’instant de fermeture ou d’ouverture des yeux qui influe sur notre perception de réel. Nous avons tous cette phase d’adaptation au monde en rentrant ou sortant du sommeil paradoxal. 

Un jeune prodige scéen

Né en 1997 à Châtenay-Malabry, Paul F. Millet entre à l’École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art en 2015 après un baccalauréat au lycée Lakanal et obtient un diplôme de sculpture métal en 2018, à la suite duquel il fonde l’atelier collectif “L’Atelier du Métal” dans la banlieue sud parisienne. 

Enfant de mère autrichienne, l’artiste intègre la Kunstakademie Karlsruhe (Allemagne) dans la classe d’Harald Klingelhöller en 2019. Il reçoit le prix de sculpture George Coulon de l’Académie des Beaux-arts à l’Institut de France cette même année, ce qui lui donne la liberté d’explorer de nouveaux moyens d’expression. En 2021, il rejoint la classe de John Bock pour continuer le développement de son travail plastique. 

Paul F. Millet considère l’atelier comme un jardin : les objets résultent de manipulations quotidiennes pour pouvoir croître dans un vocabulaire de forme surréaliste. Sa pratique d’atelier se résume à des gestes simples qui se résumerait aux verbes couper, ligaturer, verser, planter. L’ambiguïté sémantique des verbes utilisés pour définir son rapport au monde invite à explorer le rapport culture/nature dans son travail.

L’artiste conçoit des installations, des objets, photographies et courts films, illustrant ces recherches sur l’énergie, la faune et la flore, l’agriculture et la philosophie. Ses sculptures sont chargées d’une valeur narrative qui n’est pas imposée au spectateur, lui donnant ainsi la liberté d’imaginer ce qu’il voit et ce qu’il ressent.