Patrimoine

Église Saint Jean-Baptiste : la cloche du campanile restaurée

Stéphane Mouton, campaniste et élève maître d’art chez l’entreprise Mamias, nous explique comment s’est déroulée la restauration de la cloche du campanile de l’église Saint Jean-Baptiste et nous livre les secrets de la fabrication d’une cloche. 

Que pouvez-vous nous dire de la cloche qui a été déposée du campanile de l’église ? 

Cette cloche de 169 kg a été fabriquée en 1778 par Cavillier, fondeur du roi. Elle est inscrite à l’inventaire des cloches d’Île-de-France. Son intérêt patrimonial tient au fait qu’elle date d’avant la Révolution, alors que beaucoup de cloches ont été cassées sous la Révolution et que leur métal a servi à la fabrication de canons sous Napoléon. La cloche de Sceaux était installée à l’origine sur une suspension en bois appelée un joug. Cette pièce permettait d’assurer le balancement de la cloche pour la faire sonner à la corde. Ce système a été abandonné pour ne pas transmettre de mouvement au campanile. Jusqu’à sa dépose, la cloche était reliée au cadran du fronton de l’église et servait donc à sonner les heures et les demi-heures. Les cloches situées dans le clocher servent quant à elles pour les offices religieux.  

Comment la cloche a-t-elle été restaurée ? 

Nous avons procédé en juin à un nettoyage par hydrogommage afin d’enlever le vert de gris généré par l’oxydation naturelle du bronze et la pollution. La cloche a été recouverte d’une patine mordorée (de couleur brune) pour conserver son caractère ancien. Un relevé acoustique s’est également déroulé en juin afin de vérifier la sonorité des notes de la cloche. Par ailleurs, l’entreprise Mamias s’occupera aussi de la restauration du cadran d’horloge sur la façade de l’église. Le cadran ne sera pas déposé car une moulure en fonte encadre 13 secteurs en verre, dont les 12 chiffres de l’horloge. L’opération se fera donc sur site et comprendra le changement des aiguilles selon le modèle d’origine. 

De quels matériaux une cloche est-elle composée ? 

Une cloche est une pièce de fonderie technique en bronze, composée à 78 % de cuivre et à 22 % d’étain. Cet alliage est appelé « airain » et a pour caractéristique d’être très dur et très cassant à la fois. Il ne se déforme pas, mais peut se casser. 

Comment fabrique-t-on une cloche ? 

Pour fabriquer une cloche, nous utilisons la technique dite du « troussage » qui s’apparente à celle du potier. Nous construisons un moule unique qui correspond à l’empreinte en creux de la future cloche. Nous remplissons ce moule par du métal en fusion. Pour résister à une forte température, le matériau de moulage est composé d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvre. À l’aide du gabarit intérieur, nous construisons une maçonnerie de briques réfractaires qui va servir d’armature pour soutenir le reste du moule. Elle est ensuite recouverte du mélange d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvre pour donner la forme intérieure de la cloche. Cette première partie du moule, appelée « noyau », dispose d’un trou central, la cheminée, qui va jouer un rôle tout au long du moulage car le moule est en permanence alimenté en charbon de bois afin de sécher les couches d’argile. Le noyau est recouvert d’une couche isolante pour le séparer de la seconde partie du moule, appelée « fausse cloche ». Cette dernière a la même forme que la future cloche en bronze. Elle est faite en argile et est recouverte de cire. Les décors de la cloche, préparés en cire, sont ensuite posés à la main sur la fausse cloche. À l’aide de pinceaux très fins, la fausse cloche est enduite de plusieurs couches du mélange d’argile, de crottin de cheval et de poils de chèvre. Les couches, de plus en plus épaisses, forment une carapace autour de la fausse cloche, appelée « chape ». Lorsque cette chape est suffisamment épaisse, le feu de charbon de bois à l’intérieur du moule est attisé. Les lettres et décors en cire fondent alors, et laissent leur empreinte en creux et à l’envers dans la partie extérieure du moule, la chape. Une fois la couche de cire fondue entre la fausse cloche et la chape, la chape est soulevée pour démouler, la fausse cloche cassée et la chape reposée sur le noyau. Un vide est alors obtenu entre la chape et le noyau, dans lequel le métal en fusion est versé. Les décors et lettres se trouvant en creux et à l’envers dans la chape sont à présent à l’endroit et en relief sur la cloche en bronze. C’est la technique de pose dite de la « cire perdue ». 

Quelle est l’étape suivante ?

Le noyau et la chape sont alors bridés ensemble afin de résister à l’effort important du métal en fusion qui viendra remplir le moule lors de la coulée. Le bronze est alors monté en fusion dans un four à 1 100 degrés, puis est coulé, versé dans le moule, ce qui permet de combler le vide qui existe entre le noyau et la chape. Après la coulée, le moule refroidit pendant une semaine environ, voire plus selon la taille de la cloche. Il est ensuite cassé pour obtenir la cloche brute de fonderie. Il faut encore sabler, polir et ciseler la cloche pour que celle-ci soit terminée. 

Qu’en est-il de l’accordage de la cloche ? 

C’est la dernière étape. La cloche est un instrument de musique avec une note propre à chaque cloche. Il existe cinq harmoniques à accorder : le bourdon (l’octave basse), la fondamentale (l’octave au-dessus), la tierce (la mineure de la fondamentale), la quinte et enfin la nominale qui caractérise la cloche. Si la qualité de fonderie est bonne (ainsi que le moulage et le tracé du fondeur), toutes ces notes devraient  être consonantes entre elles. Pour affiner cela, l’accordeur choisit à quel endroit et sur quelle profondeur il faut enlever du métal par meulage intérieur afin de réaliser un accordage extrêmement fin.