Santé

Crise sanitaire, comment en parler avec ses enfants ?

Trois psychologues de l’Éducation Nationale exerçant dans les écoles de Sceaux livrent leurs recommandations pour aider les parents à mieux communiquer avec leurs enfants pendant cette période de crise sanitaire. 

Quelle(s) stratégie(s) adopter pour évoquer la crise sanitaire avec ses enfants ?

Nadia Osmani, psychologue à l’école du Petit-Chambord : « Il faut en premier lieu partir de la demande de l’enfant et ne pas anticiper ni projeter ses questionnements et ses inquiétudes d’adulte. Il est important de tenir compte du niveau de compréhension de l’enfant devant ces évènements. Il est enfin primordial de s’adapter à l’âge et au développement émotionnel de son enfant.

Existe-t-il des mots interdits à ne pas employer avec les enfants ?

Nadia Mancarella, psychologue aux écoles des Blagis et du Clos-Saint-Marcel : « Chaque famille a son histoire, son vécu et son niveau de langage. Il convient surtout d’éviter les mots ou les attitudes qui pourraient inquiéter l’enfant, notamment vis-à-vis de sa relation avec ses grands-parents au moment où les embrassades ne sont pas conseillées. Évitons de tomber dans les excès, soit celui de ne rien dire du tout à l’enfant, soit celui de tout dramatiser. Le tout est de trouver un bon équilibre. Il est préférable de ne pas formuler des réponses floues du type ʺça va aller, ne t’inquiète pasʺ qui banalisent la situation et ne rassurent pas toujours l’enfant. »

Céline Busnel, psychologue à l’école du Centre : « Il est utile aussi de veiller aux propos que nous tenons entre adultes sur la crise sanitaire alors que les enfants sont présents et nous écoutent. Il ne faut pas, non plus, minimiser l’impact de l’environnement médiatique sur les enfants car nous entendons, et ils entendent, parler de la crise sanitaire dans tous les médias. Pour certains enfants, cela peut être générateur d’angoisse. Il convient d’être présent aux côtés de l’enfant lorsqu’il regarde la télévision, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un programme qui n’est pas adapté à son âge. C’est l’occasion d’échanger avec lui pour s’assurer de ce qu’il a compris, de ce qu’il a vu et entendu. »

Que faire lorsque son enfant pose une question en lien avec la crise sanitaire ?

Céline Busnel : Il est important de lui apporter une réponse. Si les parents ne sont pas disponibles au moment où la question survient, il est tout à fait possible de différer la réponse tout en rassurant son enfant en lui disant qu’on reviendra vers lui à ce propos. L’idée est de ne pas créer une angoisse supplémentaire en laissant une question en suspens. Il peut être aussi utile de faire préciser à l’enfant sa question pour en saisir toutes les dimensions. Face à cette situation nouvelle pour tous, nous n’avons pas toutes les réponses. Dans ce cas, pouvoir partager avec son enfant son questionnement, sans forcément y apporter de réponse précise, devrait permettre de le rassurer. 

Comment gérer certaines angoisses ressenties par les enfants ?

Nadia Mancarella : Il est important de ne pas minimiser les émotions des enfants. Le stress et l’inquiétude sont des réactions normales en cette période et les parents essayent de rassurer leur enfant par leur attention et leur écoute.

Nadia Osmani : Si votre enfant aborde la question du virus et de sa dangerosité pour certaines personnes, il est primordial de lui répondre. Si la question n’est pas posée, ce n’est pas la peine d’évoquer ce sujet. Dans votre réponse, il peut être intéressant de rappeler que tout est mis en œuvre pour protéger les personnes vulnérables et âgées. Il faut dire également que la très grande majorité des personnes atteintes par ce virus se rétablit.


Et sur la relation des enfants avec leurs grands-parents en ce moment…

Céline Busnel : C’est pour les familles un moment difficile car une distanciation sociale est imposée pour venir protéger les personnes les plus âgées. Chaque famille va devoir trouver d’autres façons d’être en lien avec les grands-parents. On peut aussi dire aux enfants que l’on comprend que cela soit difficile pour eux et ne pas hésiter à les remercier pour ce qu’ils font (mettre le masque, se laver les mains, …).

Comment continuer à vivre malgré tout et partager des activités avec ses enfants ?

Céline Busnel : Nous connaissons aujourd’hui beaucoup de restrictions qui ont un impact fort sur nos liens sociaux, que ce soit en famille, entre amis ou pour toute sorte d’activités extrascolaires. Ces liens sont donc à réinventer, en trouvant de nouvelles ressources et de nouvelles façons de se retrouver. C’est à chaque famille de trouver une nouvelle dynamique récréative dans son quotidien et dans ses liens avec les autres. Par exemple en accompagnant les enfants dans des activités manuelles telles que le dessin, la cuisine… Il s’agit d’activités qui peuvent resserrer les liens familiaux et finalement c’est une occasion unique de réinventer la vie de famille.

Nadia Mancarella : Pour que cela fonctionne, les parents doivent être en mesure de s’octroyer du temps pour eux, pour se ressourcer et reprendre de l’énergie. Même dans un espace clos comme la maison ou l’appartement, il est important d’essayer de se réserver du temps pour soi. Il est bon parfois de s’autoriser à laisser son enfant vaquer à ses occupations, voire même à s’ennuyer car l’ennui peut être générateur d’imagination et de créativité. La crise sanitaire oblige donc à repenser toute l’organisation au sein de la famille.

Qu’en est-il dans les écoles à Sceaux ?

Céline Busnel : En tant que psychologues de l’Éducation Nationale, nous travaillons auprès des équipes pédagogiques. Aujourd’hui, dans les écoles, les situations que nous accompagnons concernent très peu la crise sanitaire.

Nadia Mancarella : Oui, les situations pour lesquelles nous sommes sollicitées concernent essentiellement les difficultés d’apprentissages de nos élèves.

Nadia Osmani : La situation sanitaire est peu questionnée par les familles dans les écoles. Cela peut s’expliquer en partie par notre public : les enfants âgés de 3 à 11 ans. En effet, à cet âge, l’univers principal est la cellule familiale. Bien que le télétravail ne soit pas toujours facile à gérer pour certains parents, il peut constituer une présence rassurante chez certains enfants anxieux.