

Dans un petit atelier, cadeau de son mari, derrière la gare de Robinson, une petite femme, frêle, aux cheveux presque rouges, et qui se nomme Mitou, sculpte de la terre. On dirait le début d’un conte, et pourtant, c’est le décor de la véritable vie d’une artiste scéenne attachante.
Mariée, retraitée, ancienne comédienne, ancienne costumière de théâtre, et scéenne depuis 30 ans, Mitou Alalinarde semble avoir vécu plusieurs vies. Elle a commencé la sculpture à l’âge de 17 ans, un art qu’elle n’a cessé d’enrichir par des stages de sculpture, tournage, cours d’émaux… tout en travaillant ; et qu’elle a cherché à faire partager avec d’autres artistes en appartenant au mouvement Marché sans marchand.
La sculpture, c’est son truc, mais ce qu’elle aime surtout, c’est le travail de la terre, la terre blanche, douce, malléable, et avec laquelle “il n’y a pas d’erreur car on peut revenir en arrière”. Et ça, c’est important pour Mitou, car si elle affirme commencer une oeuvre “avec une image précise de ce à quoi cela va ressembler” et ne l’avoir finie qu’au moment où elle “éprouve une satisfaction et ne voit plus de défaut”, elle reconnaît les tâtonnements qu’engendrent le travail et les orientations différentes que prennent parfois ses projets. Mais cela ne la dérange pas, car elle ne cherche pas à exprimer quelque chose de précis, à retranscrire une réalité ou à faire passer un message, non, elle crée pour l’esthétisme, en rêvant aux artistes qu’elle admire et qui l’inspirent : Giacometti, Zadkine, Moore, Andreas Beck, ou encore Letourneur.
Après avoir commencé en travaillant des bustes, puis des visages, notre artiste s’est prise de plaisir à sculpter des femmes très rondes : “Cela est venu naturellement, ça m’amusait” confie-t-elle. Et c’est ainsi que dans son atelier - “mon univers” comme elle dit - sont nées la Tante Jeanne, Madame Aftalion, Janissaire, Asmadée ou encore Doris. “Elles n’ont pas vocation à représenter la féminité, elles ne s’inspirent pas de personnes que je connais, ce sont juste des femmes qui s’aiment comme elles sont, elles sont épanouies, heureuses, elles trônent”.
Mais l’artiste ne crée pas uniquement des femmes, son travail est varié, contrasté, quelques fois controversé, doux et dur à la fois, rond et rectiligne, souvent zen, parfois tourmenté, et c’est pour cela qu’il faut le voir. Mitou avoue avoir eu parfois du mal à se séparer des oeuvres qu’elle a vendues, et on la croit, car c’est avec amour et sincérité qu’elle crée. Elle chérit son art, elle en parle modestement mais avec passion et une petite lumière dans les yeux qui nous dit qu’elle n’entend pas s’arrêter là. En effet, après avoir exploré la terre, elle s’apprête maintenant à attaquer la pierre…