La misère
La misère couvrait nos mains d’un autre âge
de son manteau de pluie
qui s’ouvrait en marchant sur de mauvais présages.
Nous avions beau jeter par terre
le vêtement maudit
il nous collait à la peau
comme un suaire.
Nous avions beau forcer le sort
avec nos doigts croisés
au fond des poches en manque de trésor
elle revenait frotter son museau froid
sur nos visages
pour y poser son maquillage lourd.
Les jours de bon aloi
la misère versait sur nos peines une larme.
Nous avions beau rester de bois
devant le tableau de ses charmes
elle offrait ses appâts à nos corps
sans vergogne.
Alors la tête vide
loin du remords
nous la suivions dans un hôtel borgne
où l’oubli d’un soir d’illusions valait
l’amour vénal du lendemain
celui dont nous rêvions
les yeux fermés sur nos chagrins.
Paul Reyter